La Decoy Font et le tatouage :

Comble de l’histoire… le tatouage simulé sur cette image ne marche pas… puisque c’est le but de cette typographie ! Merci d’aller plus bas pour voir mes autres simulations faites via des logiciels de DAO.

“deux lectures sur une seule peau”

La Decoy Font est une police de caractères conçue pour mentir aux intelligences artificielles. Ce n'est pas un gadget. C'est un objet typographique construit sur un principe optique précis. Et depuis que j'en ai entendu parler, je n'arrive pas à me sortir de la tête une question : est-ce qu'on peut tatouer ça ?

La Decoy Font, créée par Eric Lu / Mixfont. Chaque lettre porte deux lectures selon la distance d'observation.

Une police construite sur le principe de l'image hybride

La Decoy Font a été publiée le 15 juillet 2026 par Eric Lu, chercheur en IA et fondateur de Mixfont. L'idée repose sur un mécanisme bien connu en perception visuelle : la superposition de deux fréquences spatiales.

Légende : Le principe de l'image hybride — Einstein de près, Marilyn de loin. La Decoy Font fonctionne sur le même mécanisme appliqué à l'alphabet.

Si tu veux comprendre plus précisément la construction d’une image de ce type je suis tombé sur ce cite qui montre des exemples en décomposant les effets appliqués aux images sources. Je suis persuadé de pouvoir créer ce type d’image pour la peau à la seule condition de pouvoir travailler en très grand, sur des surfaces du corps planes, car les volumes du corps viendront toujours créer des ombres qui rentreront en “compétition visuelle” avec le motif flou. Et dans le cas de portraits, on parle de motifs flous bien plus aléatoires que pour du lettrage avec une largeur quasiment fixe.

Pour revenir à la DECOY font, de près, l'œil capte les contours fins. L'IA lit ces contours. Elle y trouve un leurre — une lettre générée aléatoirement, différente de la lettre réelle. De loin, l'œil ne capte plus que les masses floues, “basses fréquences”. Et là, il lit le mot réel !
Un texte écrit en Decoy Font dans une image est donc lisible par un humain. Et illisible par un “modèle multimodal” pour parler savant ! Du moins, c'est l'intention affichée. Le créateur lui-même reconnaît que ce n'est pas une protection absolue. Les IA avancées pourraient apprendre à contourner le procédé…

Ce qui m'intéresse ici n'est pas la protection ! C'est la structure : une seule image, deux lectures. Selon qui regarde. Selon à quelle distance. Et ça ça rentre tout droit dans mes créations de double lectures en typographie : anagramme, ambigramme, palindromes et en s’éloignant un peu on peut parler des anamorphoses comme ci dessous. Le point de vue a une incidence sur la lisibilité du motif.

Le tatouage gris flou comme obligation pour ce type de jeu visuel

Je travaille beaucoup avec les gris. Pas pour adoucir un dessin. Mais parce que la gradation de valeur permet de contrôler ce qui existe à quelle distance. Un gris très dilué disparaît à deux mètres. Un gris dense à la limite du noir reste lisible à cinq mètres mais devient une masse à vingt centimètres.

Légende : Tatouage en gris dégradé, Olivier Poinsignon, Chamalières 2017. Le flou n'est pas un défaut de rendu — c'est une décision.

Ce registre du tatouage gris flou, je l'utilise depuis longtemps précisément parce qu'il joue avec la lisibilité. Une forme peut être nette à une certaine distance et se dissoudre à une autre. Ce n'est pas de l'imprécision. C'est un choix de lecture.

La Decoy Font fonctionne exactement sur ce principe. Ce qui change, c'est la radicalité du procédé. Deux lectures distinctes. Deux messages différents. Pas une forme qui s'estompe — une forme qui se substitue.

Je le redis, j’ai toujours été attiré par les jeux de lecture dans le tatouage. Les palindromes, les ambigrammes, les compositions qui changent selon l'axe de lecture. Ce que propose la Decoy Font est une version optique de ça : un mot qui dit une chose à l'œil humain et une autre chose à un œil algorithmique. Une version plus net que ce que je proposais jusqu’ici sous frome d’ “INTERSECTION”.

Légende : Tatouage Intersection “Vivre/libre/livre”, Olivier Poinsignon, Chamalières 2025.

Ce que ça pose comme problème concret sur la peau


Le procédé repose sur deux propriétés qui le rendent difficile à transposer directement en tatouage si on s’en remet au générateur du site MIXFONT !!!

La première : le leurre est généré aléatoirement à chaque occurrence. Il n'y a pas de lettre-leurre fixe pour chaque lettre réelle. Ce qui signifie que chaque impression du mot est différente. A vous ou à nous (?) de trouver les bons mots à superposer au delà du sens. Le nombre de lettre à une impirtance capitale pour que le rendu et le jeu d’image soient intéressants.

La deuxième : l'effet dépend de la distance d'observation. Or, la peau bouge. Elle change de contexte. La distance de lecture d'un tatouage n'est pas contrôlée comme l'est celle d'un écran et comme je l’ai dit plus haut, certains volumes du corps pourraient forcer certaines ombres et nuire à la lisibilité du motif. Il faut donc réfléchir ça méthodiquement… et faire des essayages !

simulation toi/moi

Simulation Obey/Live en référence au film de John Carpenter

Ce que j'envisage de tester, concrètement

Je suis en train de préparer des tests sur papier. Dessiner manuellement ce qu'une instance figée de la Decoy Font pourrait être. Vérifier si les deux couches de lecture survivent à l'échelle d'un tatouage réel — ni trop grand pour que le flou reste lisible, ni trop petit pour que les contours fins existent encore après cicatrisation.

Il y a aussi une ironie que je n'arrive pas à ignorer. Quand j'ai essayé de faire générer par une IA une simulation de rendu de tatouage avec ce principe, le résultat était inexploitable (j’en ai donc joué sur mon image titre mais aussi dans ma vidéo à retrouver sur TikTok). L'IA ne comprend pas le mécanisme de superposition des deux fréquences. Elle en reproduit l'esthétique de surface, pas la structure. Une police conçue pour tromper les IA trompe aussi les IA quand on leur demande de la créer…patate !

C'est un détail. Mais c'est exactement le genre de détail qui me confirme que ce sujet mérite un travail manuel, lent, construit à la main.

Je m'appelle Olivier Poinsignon. Je travaille à Chamalières, à deux pas de Clermont-Ferrand. J'explore depuis des années les jeux de lecture dans le tatouage abstrait, les typographies vivantes, mais pas incompréhensible, et La Decoy Font entre directement dans ce territoire.

Ce projet n'est pas encore un tatouage. C'est une idée à pousser. Si vous êtes intéressé pour en faire partie — que ce soit comme cobaye ou comme observateur — vous pouvez me contacter ici. Et si vous voulez voir dans quel univers graphique ce type de travail s'inscrit, la galerie est là pour ça.

Capture d’écran de ma première itération amour/haine en direct de MIXFONT

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“La bouche noire d’Olivier Poinsignon”