LES BRUITS
DU SILENCE
Les bruits se diffusent.
Le silence ne bouge pas.
Les Bruits du Silence est un tatouage évolutif installé au cœur de ma main droite. Une œuvre destinée à changer, s'altérer, se superposer et vieillir avec mon propre corps.
La paume est une zone particulière pour le tatouage. L'encre y est moins stable et les détails peuvent se modifier, se diffuser ou disparaître plus rapidement qu'ailleurs sur le corps.
Je n'ai pas choisi cette zone malgré cette instabilité. Je l'ai choisie pour elle.
Je veux opposer la stabilité et la force du silence à la violence, l'instabilité et la fragilité du bruit.
Mais avec le temps, le projet révèle également leur interdépendance : plus les mots s'accumulent, vieillissent et se recouvrent, plus le silence autour duquel ils gravitent devient présent.
Le silence reste.
Des mots.
Sans fin.
Pendant les années à venir, je continuerai à tatouer des mots autour du silence.
De nouveaux mots apparaissent régulièrement dans la paume.
Les mots anciens évoluent avec la peau, perdent leur netteté et se mélangent progressivement.
Un mot peut passer sur un autre. L'accumulation fait partie de l'œuvre.
Un mot neuf apparaît, noir et précis, au milieu des traces plus anciennes.
La main est régulièrement photographiée et scannée afin de conserver la mémoire de ses transformations.
Il n'existe pas d'image finale prédéterminée. Le temps compose progressivement la pièce.
Le temps comme collaborateur.
Depuis le début du projet, j'archive l'évolution de ma main par la photographie et le scanner.
Je considère cette accumulation comme mon propre projet de mesure du temps : une archive potentiellement longue de plusieurs années, dans laquelle chaque nouvelle image dialogue avec toutes celles qui la précèdent.
L'œuvre n'est donc pas uniquement constituée des mots tatoués.
Elle est aussi constituée de leur disparition.
Une œuvre qui s'écrit sur plusieurs années.
Achetez-moi un mot.
Je me tatoue le mot que vous me commandez. Sans négociation.
Le mot rejoint les autres dans ma paume. Il peut rester lisible, se diffuser, être traversé ou finalement recouvert par d'autres mots.
Je ne maîtrise pas complètement ce qu'il deviendra. C'est précisément le principe.
Proposer un motLe protocole.
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01 — Une participation = une nouvelle session.
Chaque participation engage l'ajout du mot correspondant. -
02 — Je peux intervenir librement.
Je peux également ajouter moi-même des mots afin de faire évoluer l'œuvre. -
03 — Un mot peut en recouvrir un autre.
Aucun emplacement n'est définitivement protégé. -
04 — Une seule typographie.
Tous les mots utilisent Courier New. -
05 — Le vieillissement fait partie de l'œuvre.
Diffusion, disparition, superposition et perte de lisibilité ne sont pas des défauts à corriger. -
06 — L'œuvre est archivée dans le temps.
Photographies et scans permettent de suivre ses transformations. -
07 — Le protocole peut évoluer.
Les règles, la temporalité et les modalités de participation peuvent être réévaluées chaque année.
Les mots déjà inscrits.
Chaque mot constitue une strate différente de l'histoire de la pièce.
Les mots qui attendent encore leur moment.
Certains mots sont déjà prévus. Leur date d'inscription reste indéterminée.
il ne restera plus
qu'un bruit gris.
Et le silence.